À travers l’intéressant patrimoine bâti et culturel de Saint-Avit-de-Tardes, nous découvrons à la fois l’occupation ancienne de la commune, le mode de vie rural et traditionnel de ses habitants mais aussi leurs activités plus récentes.

À l’initiative de ses habitants et de l’association locale de sauvegarde du patrimoine, Saint-Avit-de-Tardes livre quelques-uns de ses trésors. Par exemple, l’abreuvoir de Londeix que l’on voit sur la photo de gauche et qui pourrait dater de l’époque gallo-romaine.

Le peuplement du secteur de Saint-Avit-de-Tardes est fort ancien et date à minima de l’époque gallo-romaine. Ainsi, dans sa toponymie, les noms de nombreux villages se terminant en « eix » pourraient résulter d’une évolution du suffixe « acum » indiquant un peuplement gaulois. En outre, lors de la récente rénovation de l’église, un fragment de monument portant une dédicace a été extrait du mur nord de l’édifice. L’inscription lisible est la suivante :
L
Saturninus
Onimento
« Il s’agit d’une partie d’une stèle élevée à Saturninus, descendant latinisé de la divinité gauloise à tête de cerf, Kernunos, symbolisant le renouveau des forces de la nature » Gilles Le Hello.

Le bloc gallo-romain extrait du mur gouttereau de l’église

 

Enfin, une portion de la voie romaine reliant Lyon à Saintes (la Via Agrippa) traverse le sud de la commune dans les villages de Chaussadisse et Londeix. Construite entre -10 avant JC et +20, elle venait de Crocq et se poursuivait vers Ahun par Néoux, St Alpinien, St Maixant… À noter que le GR4 emprunte une portion de cette voie romaine.

Les 1ères mentions de la paroisse de St Avit datent de 1157. Bien que placée sous le patronage de Saint Avit, évêque de Clermont, la paroisse a toujours été tributaire du diocèse de Limoges.

L’histoire de St Avit de Tardes s’insère ensuite dans l’histoire de La Marche, province royale, et du vicomté d’Aubusson. On relève que pendant la guerre de 100 ans, la région fut pillée par les anglais qui détruisirent St Avit et Néoux sur leur chemin pour Crocq et que plus tard, de Henri IV à la Révolution, la famille de la Roche Aymon règne sur son fief du Chet.

La commune de Saint-Avit-de-Tardes voit le jour en 1791 dans les limites de la paroisse existante. Un an avant, le territoire de la Haute Marche Combrailles était devenu le département de la Creuse.

À l’instar des communes rurales, le bâti traditionnel de Saint Avit de Tardes témoigne à la fois de son passé paysan et de son histoire.

Le château du Chet : Ancien château féodal, la bâtisse primitive date du XVe siècle, construite par le seigneur de la Roche-Aymon. Un document relatif au mariage du seigneur du lieu, portant la date de 1423, atteste de son existence. Ce très important domaine seigneurial aurait été concédé en 1592 par Henri IV à François de la Roche Aymon, gouverneur de la ville de Chénerailles. Il reste le fief des Roche Aymon jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.  
Le château a considérablement évolué au fil du temps. Il a été remanié au XVIe siècle (la chapelle est de cette époque), puis au XVIIe siècle et enfin au début du XIXe siècle par son plus illustre propriétaire, le général d’Empire Jean Louis Brigitte d’Espagne. Ce général qui figure sur l’Arc de triomphe à Paris, a donné son nom à une place à Aubusson. Il remplaça le chemin de ronde par un simple chaînage et fit ouvrir de nombreuses fenêtres sur la façade du château. Le Chet, naguère château de défense, devint ainsi une demeure de plaisance. Pour en savoir plus

Château du ChetAncien moulin au bourg

Les moulins : La Tardes a longtemps été exploitée par 5 moulins situés à Tordeix, à Teiteix, au Bourg, au Chet et à Tardes. Deux d’entre eux sont aujourd’hui transformés en hébergement de tourisme. Les levées d’écluse sur la rivière sont toujours en place, faites d’énormes blocs de pierres, accolés les uns aux autres et profondément ancrés dans le lit du cours d’eau. De nombreux biefs, bras de rivière irriguant les prairies avoisinantes, sont encore visibles.

Les fermes et maisons d’habitation : On retrouve à St Avit de Tardes, l’habitat traditionnel de Creuse : 

  • maisons type «bloc à terre» où la maison, la grange et l’étable ne forment qu’un seul corps de bâtiment ;
  • maisons type «retour de migrant»  construites en pierre de taille ou moellons équilibrés avec une corniche sculptée sous toit, par les maçons qui partaient sur les chantiers de l’hexagone ;
  • fermes dissociées comprenant, autour d’une cour, le logis, la grange-étable et les dépendances. La maison est ici souvent une maison de maître. La grange est souvent de type auvergnat, à un étage permettant de loger en-dessous les bêtes et au-dessus le stockage. Deux accès de plain-pied permettent d’accéder aux deux étages, soit en exploitant la pente naturelle soit à l’aide d’un pan incliné construit pour accéder au 1er étage. 
Ancienne maison de migrant, en cours de rénovation, à Chassin-ChevalGrange de type auvergnat à Chaumeix

Le « petit patrimoine » ou patrimoine vernaculaire témoigne de la vie quotidienne des habitants avant l’électrification, et surtout avant l’arrivée de l’eau courante au robinet. Autant de précieux témoins de la vie d’antan qu’il est bien difficile de préserver.

Les fontaines et sources aménagées : à l’origine, c’étaient les seuls points d’alimentation en eau avant l’installation de l’eau courante. Il y en a dans tous les villages, alimentés par une source jaillissante. Au bourg, on comptait ainsi 5 fontaines réparties au sein de chaque ilot d’habitation.

Fontaines à Chassin-Cheval

Les lavoirs : Construits en lien avec les points d’eau (rivière ou puits), dans les villages ou à proximité, les lavoirs sont généralement apparus au XIXe siècle. Ce sont des bassins rectangulaires avec sur le bord des pierres à laver inclinées.

Ancien lavoir à Chassin-ChevalAncien lavoir à Montmaud (projet de restauration)

Les abreuvoirs : destinés à abreuver les bêtes, ces bacs, généralement, rectangulaires peuvent être maçonnés, parfois taillés parfois dans un seul bloc de pierre, comme les mangeoires ou auges. L’abreuvoir de Londeix a une forme particulière, composé de quatre compartiments construits en pierre de taille, creusés à au moins 50 cm en dessous du niveau du sol actuel. Cet abreuvoir pourrait être très ancien. Nous sommes ici tout près de la voie romaine (Via Agrippa) reliant Lyon à Saintes. Gilles Le Hello indique que cet abreuvoir apparaît sur le cadastre napoléonien datant de 1814, les noms des parcelles autour témoignant d’une abondante présence d’eau (L’ouche de la Fontaine, la Sagne, la Sagnas).

Abreuvoir de LondeixEnsemble abreuvoir-lavoir et croix à Montmaud

Les puits : la commune compte de nombreux puits, constructions maçonnées qui permettent de puiser l’eau des nappes phréatiques. Puits à treuil, puits couverts avec un toit à pan unique, fermé par une porte en bois.

Les fours à pain : Si quelques fermes ou maisons de maître possèdaient leur propre four, les habitants utilisaient généralement le four banal, construit dans un appentis (fourgniaud), à la disposition d’un groupe de foyers.  Il y avait, par exemple, 4 fours au bourg de St Avit.

Dans un même ensemble architectural, l’église est complétée par un ancien prieuré.

L’église paroissiale : Bâtie au XIIIe siècle, l’église présente l’architecture classique des églises de campagne de cette époque, à savoir une nef unique orientée à l’est, un clocher mur à fronton rectangulaire percé de 2 arcades pour l’emplacement des cloches et un portail avec son tympan évidé.
L’édifice a subi des transformations au fil des siècles : Au XIV-XVe siècle, il est fortifié et surélevé en moellons. Des restes du système de défense sont encore visibles au pignon est (ouvertures rectangulaires qui donnaient sur le chemin de ronde, trous et meurtrières). Vers la fin du XVIIIe siècle, une chapelle est érigée côté sud pour permettre à l’église d’accueillir les habitants.
« À l’intérieur de l’église, dans la chapelle sud, un magnifique retable dont la partie inférieure est constituée d’un antependium en cuir de Cordoue daté du XVI° siècle, présente quatre très belles statues polychromes : de gauche à droite, Saint Avit, Saint Pierre, Saint Paul et Sainte Marguerite avec, à ses pieds, un dragon. Le loquet-poussier de la serrure du portail d’entrée de l’église représente une tête de dragon, témoignant l’importance de Ste Marguerite dans cette église, pourtant sous le vocable de Saint Avit » (Gilles Le Hello).
Au sommet du clocher, entre les baies contenant les cloches et la croix sommitales, une niche contient la statuette de style naïf d’un évêque bénissant, propablement Saint Avit.

Statue de St Avit sur la façade de l’église
La chapelle, côté sud de l’église et le cimetière

Classée à  l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, l’église vient de faire l’objet d’une importante rénovation qui a concerné la toiture, la voûte de l’église ainsi que toute la maçonnerie extérieure. Au cours de ces travaux, le fragment d’un monument gallo-romain à la gloire d’un général Saturninus a été extrait du mur gouttereau dans la cour du prieuré et est à présent exposé à l’intérieur de l’église. Les prochains travaux devront concerner l’intérieur de l’église, notamment la restauration des vitraux et des statues.

Le prieuré : dans un même ensemble architectural, l’église est complétée par un ancien prieuré qui a longtemps servi de presbytère. Érigé au XV-XVIe siècle, ce petit établissement religieux a abrité jusqu’en 1795 un prieur et quelques moines.

Les fontaines : Aujourd’hui la mémoire locale n’attache pas d’attributs religieux aux nombreuses fontaines présentes sur le territoire de St Avit. Pourtant il existe une fontaine dédiée à Sainte Marguerite dans le champ situé immédiatement en face l’entrée de l’église. « Ayant vaincu le dragon, elle est devenue la protectrice des limites contre les maladies, les mauvais esprits et, bien entendu, les dragons. Elle est également une sainte guérisseuse, en particulier des maladies de la peau ; ne dit-on pas « avoir une peau de crocodile » ? Dans la commune proche de Saint Pardoux le Neuf, une minuscule fontaine dédiée à Ste Marguerite est implantée dans une parcelle appelée Guérande ou Gouérande, du gaulois randa : frontière ; elle soignait ces mêmes maux. Jusqu’au début du XX° siècle, les parents venaient y tremper les parties d’habits correspondant aux membres malades de leurs enfants, afin de conjurer la maladie. Il en était certainement de même à Saint Avit (…) Il faut savoir, par ailleurs, que le nom « Marguerite » est formé de deux noms d’origine gauloise marge, morge, le ruisseau qui fait la frontière et ritu, le gué, situation du village de Saint-Avit-de-Tardes »  (Gilles Le Hello)

Oratoire : un petit oratoire en forme de niche, creusé dans une roche de granite, se dresse aux Puids au carrefour des routes de Buffeix et Chassin-cheval.

Les croix : Ce sont en majorité des croix de chemin, taillées dans le granit, assises sur des socles moulurés en pierre et disposées sur de petits tertres, aux carrefours ou en bordure des chemins, à la périphérie du bourg, implantées à l’occasion ou en témoignage des missions religieuses.

Oratoire des PuidsCroix au bourg

Le circuit du Mas-du-Clos

Saint Avit de Tardes possède sur son territoire, au Puids, l’un des plus beaux circuits automobiles du monde de l’avis des professionnels de la course automobile. Créé entre 1963 et 1967 par Pierre Bardinon, passionné de voitures et de course, ce circuit d’entraînement de 3 kms a vu défiler toutes les grandes écuries et toutes les stars de la course automobile.

source : www.masduclos.com

« Matra a été la première écurie à tourner. Pescarolo, après son accident du Mans, choisit le Mas-du-Clos pour faire ses premiers tours de roue, puis Ligier, Alpine, Dunlop viennent réaliser leurs essais.(…) Porsche est au rendez-vous en 1971. (…) Le circuit est lancé. Les clubs y ont pris leurs habitudes, ils retiennent leurs dates d’une année sur l’autre. » (extrait de l’Historique du Mas du Clos)

Bien que ce soit uniquement un circuit d’entraînement, les fédérations des sports auto et moto estiment en 2007 que le circuit ne présente pas de normes de sécurité suffisantes. Après trois ans de bataille, le circuit du Mas du Clos ferme en 2010 et cesse d’être une mane pour l’économie locale. Sa fréquentation amenait près de 7000 nuitées par an à l’hôtellerie régionale, sans oublier la restauration et les commerces. 

Une nouvelle piste, située à quelques centaines de mètres du Mas Du Clos Asphalte, doit être dotée d’un revêtement en « terre traitée », permettant l’utilisation de tous types de véhicules (voitures de courses & GT ). Long de 4 kilomètres, avec une largeur minimale de 12 mètres, le circuit proposera plusieurs variantes incluant des enchainements de courbes rapides, de gros changements de dénivelés, ainsi que des virages à gros banking. Cette nouvelle piste est aujourd’hui en stand-by.

source : www.masduclos.com

Jean Bardinon – PDG des Pelleteries Chapal à Montreuil aujourd’hui dirigées par son petit-fils Jean-François. Maire de St Avit de Tardes pendant 40 ans, de 1922 à 1962

Pierre Bardinon (1931-2010) – fondateur du circuit automobile du Mas du Clos aux Puids, collectionneur de référence de Ferrari, il possédait les modèles de compétition les plus prestigieux et parmi eux les voitures qui avaient gagné des courses mythiques. Voir un reportage sur la collection Ferrari et le Mas du Clos

Pierre Riboulet (1928-2003) – Architecte-urbaniste, il a reçu le grand prix de Rome d’architecture et le grand prix national d’architecture. Parmi énormément de réalisation, on lui doit l’Université de Karachi et l’hôpital Robert Debré dans le Nord de Paris. Du côté paternel, ses racines étaient à Saint-Avit-de-Tardes où son grand-père était maçon. Pierre Riboulet possédait à Buffeix une propriété familiale qu’il a entièrement rénovée. On lui doit aussi la place de St Avit, devant l’église et le prieuré. (En savoir plus)

Il était le père de Mathieu Riboulet (1960-2018), écrivain, acteur, scénariste et réalisateur.   (En savoir plus)

Jean-Daniel Baltassat né en Haute-Savoie en 1949 est un romancier français à qui l’on doit notamment Le Divan de Staline, adapté au cinéma par Fanny Ardant, avec Gérard Depardieu. Il réside à Saint Avit de Tardes. (En savoir plus)

Georges Conchon (1925-1990) écrivain et scénariste (on lui doit le scénario de Sept Morts sur Ordonnance). Même s’il n’a jamais résidé à Saint Avit, il y venait régulièrement se recueillir sur la tombe de ses parents et de ses grands-parents. (En savoir plus)

Claude Touraille, romancier, installé à Saint Avit de Tardes, écrit des romans d’aventure, souvent ancrés dans l’Histoire et dans la vie locale. (Quelques-uns de ses ouvrages)

Pour en savoir plus sur l’histoire et les patrimoines de Saint-Avit, sont consultables en mairie :

  • Une Petite monographie de Saint Avit de Tardes, réalisée en 1987 par Jean-Paul Gancille, habitant de St Avit
  • L’inventaire du patrimoine de Saint Avit de Tardes, réalisé en 2012-2013 par quatre étudiants en Valorisation du Patrimoine et Développement du Territoire de l’Université de Limoges